L'Emile
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roman
Un récit d'amour et de haine. Lorsque Emile le beau cuirassier
rencontre Mlle de Savignac ils tombent fous amoureux l'un de l'autre.
Mais au début du siècle dernier on a beau être
en république les castes règnent dans les provinces.
Cet amour contrarié et une brimade grossière poussent
Emile vers la révolte. Mal marié sur un coup de tête,
poursuivit par la rancune de Mathilde une amoureuse méprisée,
son bon sens et son amour de la terre pourrait peut être lui
faire accepter une vie rendue morose lorsque le ras de marée
de la guerre de 14 vient tout bouleverser. Plongé dans la
boue et le cloaque de la grande guerre il en revient blessé
et militant communiste. Mathilde mariée à un bourgeois
devient l'égérie de la droite fascisante locale et
la politique et la haine qu'elle lui voue les entraînent dans
une lutte sournoise et brutale où tous les coups sont permis,
qui ne prendra fin qu'à la Libération.
Extrait
Au Café de la Poste on exalte la grandeur du petit peuple
belge. Puis un peu plus tard on parle de l'héroïsme
des biffins de l'admiral Darlan se faisant hacher pour sauver l'armée
piégée à Dunkerque. On ne comprend pas que
l'on n'aille les dégager. En face de la mairie l'affiche
de l'emprunt continue à affirmer en couleurs"Nous gagnerons
parce que nous sommes les plus forts" A la forge personne n'ose
plus parler de la hauteur des blés. Emile a descendu un fil
électrique de l'étage pour pouvoir écouter
la radio. Les paysans montant aux champs arrêtent un instant
les vaches de leurs charrettes pour écouter les informations.
Les gens ne peuvent croire à la répétition
absurde du manège, à la ligne Maginot trop courte
comme une mauvaise blague qui ne sert plus à rien, mais puisque
tout n'est qu'un recommencement on va les arrêter à
Ypres ou à Compiègne, à Verdun non, alors sur
la Marne! Les anciens se détournent poursuivent leurs ouvrages
sans rien dire, les rides creusées, connaissant la pagaille
des retraites et le prix des noms historiques .Le collier rompu
laisse échapper en tous sens les villages de France. Emile
bat le fer avec rage. Il reconnaît les noms que nasille le
speaker, il lui revient brusquement l'allure égaré
de leurs clochers décapités, la couleur de leurs boues..des
visages enlisés, oubliés. Il se croyait libéré
de leur tutelle ors chaque nom lui fait grincer des dents. Rethel,
Montfaucon,Vouziers, Doullens, Clermont en Argonne, Sainte Menez
l' homme, Grand Ferré, il ignorait combien ils font parti
de lui-même il se verrouille dans les consignes du parti,
ignorant les questions aux yeux des camarades et voila que Paris
est livré que l'on se bat peut être sur la Loire. Au
hurlement des pneus Emile sursaute manque son coup et le marteau
tinte sur le bord de l'enclume à coté du fer. Le cabriolet
surchargé évite de justesse le platane du bord de
route, tangue et s'éloigne en trombe à travers le
village. En face un troupeau bêle et s'égaille effaré.
"Eh beh voilà le beau monde qui se met à l'abri"
raille le forgeron. Cela ne fait rire personne, pas même lui,
les visages restent fermés, les yeux ternes. Bientôt
il devient difficile de traverser la route L'exode les atteint roulant
son flot lent d'épaves poussées par la marée
panique. Imbroglio de voitures familiales bondées, de camionnettes
chargées jusque sur leurs garde boues, entremêlées
des vélos du bonheur des vacances payées transformés
en radeaux de naufragés avec ça et là un taxi
insolite, des charretons à bras, un camion de l'armée
ou une ambulance charriée dans la débâcle ,des
marcheurs traînant leurs valises depuis on ne sait ou, des
faux campeurs, des soldats sans casques, souvent sans armes, un
vieux moustachu trimballant sa femme dans sa brouette un cabot sur
les talons et puis des charrettes à hautes ridelles remplies
de trésors étranges: l'horloge du salon, des marmites
de cuivres, des ballots, des matelas et tout en haut de la charge
un gosse fatigué de pleurer et la cage du serin balancé
au pas claudicant du grand percheron harassé qui traîne
l'attelage, tête basse. Berthe méfiante a fermé
la porte de l'escalier aux nouveaux romanichels. A l'hôtel
de la Poste plein à craquer Mathilde déblatère
sur la cinquième colonne annonce des pluies de parachutistes
sans oublier d'augmenter ses prix. A la maréchalerie les
copains donnent de l'eau tirée du puit. Emile ferre un grand
boulonnais dont il n'a pas pu supporter la boiterie. On y raconte
la hurle des stukas, les morts abandonnés aux fossés
du chemin et Ramus, qui connaît, a un petit rictus devant
leur surprise. Des réfugiés hébétés
d'être au bord de la France, de n'avoir plus devant eux que
des montagnes étrangères campent au hasard des bas
cotés. Un matin la radio nasille gravement la capitulation
de la France. Emile laisse échapper son marteau. Il a mal
là dans sa poitrine. En face, de l'autre coté de la
route, assis sur la borne kilométrique un vieux en faux col
et veston décoré pleure les mains croisées
sur son baluchon. Emile veut se ressaisir:"Qu'est ce que ça
peut lui faire ces affaires de bourgeois?"Il reprend son outil,
mais non ça ne passe pas. … Alors il jette son marteau
et rentre se cacher dans le chaix. C'est là que Ramus et
Jean-Lou avec un inconnu tête nue en uniforme d'officier belge
le trouvent. Devant leurs regards étonnés il s'empresse
de les inviter " Venez goûter cela c'est de la bonne"
et il leur tend des verres comme si il venait de mettre le tonnelet
en perce. Ils s'assoient prés de la porte dans la pénombre
fraîche reniflent l'alcool en le faisant tourner dans leurs
verres, boivent apprécient en connaisseurs. Alors Ramus désignant
le belge du menton " Il est le responsable du parc de récupération
de l'armée belge, tu sais de l'autre coté du bourg,
il pensait livrer les armes aux français maintenant cela
va tomber aux mains des allemands…." Emile pâlit
un peu c'est qu'il connaît son Ramus, il sent venir le coup:"Ca
me ferait mal au ventre "presse le belge" faudrait m'aider
à en saboter et si vous voulez le reste" Evidement c'est
le gosse qui a fait le contact depuis le temps qu'il rêve
d'armer le parti."Est ce que seulement le belge est fiable?
Vol et recèle d'armes, ça peut les mener loin et pas
seulement à la cellule du canton! Les consignes sont de rester
en sommeil. D'autre part laisser tout ce matériel aux fascistes!""Faudrait
voir, Soumettre le projet.." C'est au tour du belge de blêmir
Biensur, il risque le conseil de guerre. Au moins de ce coté
ça a l'air sérieux" Ramus a un geste rageur "Jusqu'à
ce qu'ils décident! Il doit donner les listes"-"Les
boches vont arriver pour vérifier" appuie Jean-Lou .
Le basque ajoute" Tôt ou tard on en aura besoin. "
Emile sent le regard des camarades sur lui. Et l'autre à
la radio qui continue ses condoléances. Les gosses ont raison
"Bon" fait il "mais il faut mettre les choses au
point" Les autres sourient se congratulent. Lui a très
chaud c'est maintenant qu'il aurait besoin d'un verre.
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