Shakin Nir. Ecrivain
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Au premier jour de l'hiver



Edition SEE, roman

Un jour d'hiver clair et radieux, un homme monte au sommet de la falaise et se jette à la mer.
La police ouvre une enquête. Drôle d'enquête au demeurant puisque nous connaissons d'emblée, le tueur, l'arme, et la victime. Il ne reste à découvrir que le motif. Mais le motif n'est ce pas l'essentiel? Pourquoi? Qui ou quoi l'a poussé à ce suicide?
Le refrain des amours perdus?
L'amertume des rêves brisés?
Est-ce une tragédie intime, personnelle?

Extrait
Bab-el-Oued c’était presque toujours le plus dur
Par la fente de la meurtrière du volet fermé, la route du Mandat n’était qu’un ruban étroit d’asphalte crevassé, éclaté. Une fois après l’autre ils sortaient combler les nouvelles crevures de la route de la chair fraîche de leurs jeunes corps, afin que le ravitaillement parvienne aux affamés de Jérusalem assiégée. Dans la boite de tôles roulantes, l’air était vicié, étouffant, usé rempli de gaz, sentant fort la sueur et les vapeurs d’essence. Il y avait toujours dans l’ombre de l’autobus un vieux juif psalmodiant des psaumes, cela vous rendait serein ou enragé selon votre humeur du moment, et il y avait aussi le pleur lancinant d’un marmot énervé. Les yeux ne quittaient pas le petit ruban clair s’usant à découvrire derrière chaque couvert la forme ennemie embusquée.L’effort soutenu les remplissait de larmes.Les cieux étaient exclus de leur champ de vision. Leur monde se limitait à une portion de taillis mystérieux,de buttes de terre ,menaçants et hostiles.Le regard s’élançait en avant, anxieux de s’éloigner, recherchant les repères connus, le mausolée de Moussa, l’arbre tombé.. Ils se halaient mètre après mètre, à cinq kilomètres à l’heure. Voilà la pierre creusée.. Il n’est encore rien arrivé?Peut-être aujourd’hui passeront-ils comme ça.. Il vaut mieux ne pas penser à une telle veine. Cela n’existe pas Seul le chauffeur peut voir devant eux et découvrir brusquement au détour de la route, le piège des rochers roulés en travers de l’asphalte.
Déjà là-bas devant , les silhouettes coiffées du feutre de cow-boys des Notrim de la police juive auxiliaire, jaillissent de la camionnette ouverte qui s’est cognée aux pierres. Ils courent prendre position cherchant à échapper au feu nourri qui balaye la route. Le ahanement sourd, réconfortant des moteurs du convoi est déchiré d’explosions. Une grêle de balles fait frémir les tôles de l’autobus, rejaillissent en miaulant ou se fichent dans le bois entre les deux plaques de fer qui forment son blindage. Maintenant tout est clair, fini l’angoisse confuse et la chair de poule et la main qui serrait la gorge sans raison. Les muscles se durcissent .Il faut les empêcher de se dresser et de descendre sur la route..Il faut les maintenir rampant dans leurs cachettes, derrière les pierres et les arbres et sans gaspiller de munitions car il n’y a que ce qui est suspendu à ta ceinture. Odeur de poudre et de fumée. Le chauffeur se couche sur son large volant instinctivement il le pousse de tout le poids de son corps .Il écrase la pédale de l’accélérateur au parquet qui tremble, essayant d’arracher quelques tours supplémentaires au moteur rugissant. Le cliquetis des “platines” sonnent en castagnettes affolées “curieux comme on les entend dans tout ce vacarme”.”Qu’il ne cale pas!Pas maintenant!..Qu’il ne s’arrête pas! Où est- elle cette barricade?Allons avance!”Le fusil mtrailleur“Louïs” des notrim a tiré une longue rafale et puis s’est tu.”Est -ce que nous avons atteint le barrage? On passe?
Quelqu’un à l’arrière appelle : -“Infirmier!” .
La sten tressaute en décharges courtes entre les mains .
Brusquement, tout près, là dehors, dans la fente éclairée de la meurtrière passe un “noter” cassé en deux sur une pierre énorme qu’il porte sur son ventre et ses cuisses. Il traîne son fusil qui a glissé de son épaule à son bras et qui le gêne terriblement. Il avance en titubant, un pied après l’autre vers le fossé et à chaque pas une tache de sang éclot sur le bitume noir. .
Brusquement la masse de l’autobus semble glisser et pencher sur le côté. Du fond du véhicule montent des cris d’effrois "Que fait-il? “ Il va verser!Mais que fait-il bon sang?" ? ” Au milieu de la route, un camion se traîne au ralenti les jantes nues de ses roues labourent le goudron de route. En haut du chargement, une sten cachée entre les sacs de farine, continue à tirer en décharges avares, comptées, ajustées comme au stand de tir. Petit à petit, les roues au ras du fossé béant, l’autobus double le camion rentre derrière la couverture de sa masse. Un calme bizarre s’établit. Les flancs de l’autobus cessent de trembler de résonner en tambours déments et l ’ombre du camion, assombrit encore la nuit qui règne dans la voiture. Le bébé surpris cesse de pleurer et dans le silence relatif on entend nettement le vieillard réciter le “schema”

 
     
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