La Montagne
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223Pages, roman
Depuis sa plus tendre enfance il avait rêvé d'égaler
Avihou le guide légendaire. Lorsque pour conquérir la femme
qu'il aime il relève le défi de parvenir au sommet de la
montagne la plus inaccessible, il demande à Avihou de le seconder.
Ils attaquent l'escalade et les difficultés s'accumulent glacis,
neige, tempête et il découvre l'age et l'usure d'Avihou,
se détache de lui, arrivera-t-il au sommet? Comment découvrira-t-il
les motifs profonds qui guident sa vie? Retrouvera-t-il l'amitié
perdue?
C'est à travers l'aventure de la montagne et de la vie l'histoire
toujours renouvelée des générations et de la
maturité.
Extrait
Oui il l’avait toujours su là.
Bien avant qu’il ne lève les yeux et la voit.
Il se souvient:
Gros bébé rond, il jouait entre les jambes des femmes,
les yeux à la hauteur des broderies de couleurs bordant les
jupons.
C’était au pays, où la houle des terres réapprend
l’horizontale.
Ce devait être jour de lessive, car elles étaient descendues
par le raidillon de pierrailles, droites sous le fardeau des hardes, jusqu’à
la vasque profonde où l’eau du torrent étourdie du
saut de sa chute, tourne lentement ses dodons, avant de reprendre sa course
haletante dans le grondement de la gorge Elles avaient dénoué
les châles de laine retenant les marmots sur leurs dos et les gosses,
mi-nus, roulaient sur le gazon de la berge.
Il y avait eu l’éclat de cuivre d’un gong, tranchant
net le babille des commères, le battement des battoirs sur
les pierres plates. Les femmes s’étaient dressées,
tendues, roides. Et elles disaient: ”La Montagne!” Inquiet,
il s’était agrippé aux jupes de sa mère
et elle l’avait hissé à elle, sans le regarder...
C’est là, que suivant leurs yeux, il avait vu, vraiment
vu pour la première fois la Montagne...
Le bronze avait repris son appel, en longues ondes de résonance.
Les femmes, abandonnant les linges, s’étaient mises
à courir, comme on court au glas de la mine, dénombrant
haletantes le nom des absents. Elles s’étaient arrêtées
là où le sentier rejoint la piste qui mène
vers les pacages d’en haut, cherchant à voir au flanc
de la pente le petit groupe qui revenait vers elles. L’une
avait dit, avec une voix étranglée de vieille:
-“ Il y a un brancard”.
Elles s’étaient remises à avancer, petit à
petit, l’une poussant l’autre, puis de plus en plus
vite. En arrivant à portée de voix, le grand Avihou
qui marchait en tête, avait levé les bras en salut,
et sa mère, laissant ses compagnes courir en avant, s’était
arrêtée, les jambes tremblantes. Elle l’avait
serré très fort, le barbouillant de larmes salées,
cachant l’aurore de son sourire dans le creux de son cou.
Lorsque l’homme était arrivé à leur
niveau, il l’avait hissé, avec un grand rire, marmot
terrifié et ravi, tout au haut de sa charge.. .Ils étaient
revenus vers le village. Ohala tanguant dans la houle cadencée
des longues foulées du grimpeur, gloussant sa peur et son
plaisir.
C’était l’étranger, l’Anglais
aux cheveux rouges qu’ils ramenaient, ballotté entre
les mâts des tentes. Les pieds morts, noirs, mangés
de froid. Sous le soleil de la vallée, il était
difficile de comprendre que ses doigts, là -haut, s’étaient
cassés comme verre. Et les hommes étaient sombres
car ils perdaient la plus grande partie de leur paie.
Même maintenant, surtout maintenant, il ne s’étonne
pas que des hommes traversent des plaines d’eaux qu’il
n’a jamais vues et arrivent par de là l’horizon
à la Montagne. Cela lui semble dans l’ordre des choses
.Comme la femme va vers l’enfantement, l’homme marche
vers la Montagne, et ceux qui ne le font pas, sont infirmes d’une
manière ou d’une autre.
Etait ce de ce jour là, qu’il s’était
mis à courir avec tous les galopins du village, au-devant
des cordées, s’ébranlant dans l’aube
acide des étés vers une page d’aventures?
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